DIEU
L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger.
Voltaire
Mon rapport à la croyance en Dieu et aux religions monothéistes ou autre est complexe mais riche de toutes les rencontres avec ces religions que j’ai pu faire dans ma vie. Voyons dans l’ordre de découverte comme cela s’est passé.
Le catholicisme
« Aimez-vous les uns les autres » Jésus Christ
Baptisé dans une famille non pratiquante pour faire plaisir à ma grand-mère paternelle j’ai ensuite suivi les cours de catéchisme chez une voisine ou j’aimais bien aller pour les coloriages des épisodes de la bible. Notre parcours familial nous a ensuite amené en Guinée puis à Madagascar ou seules les écoles religieuses pouvaient accepter un garçon de mon faible niveau à l’époque. Les sœurs de Guinée étaient gentilles, nous allions à la messe de minuit et j’ai le souvenir à 8 ans d’une scène magique décrite par mon père dans son livre « veillons au salut de l’ex-empire » ; "Nous recevons la visite de gosses du quartier qui portent sur leurs épaules de superbes reproductions d’églises illuminées... le spectacle qu’ils nous offrent constitue pour nos enfants le plus beau et le plus original cadeau de Noël".
C’est à Madagascar à l’ESCA chez les frères canadiens que j’ai passé ma sixième et ma cinquième. La cela ne rigolait plus trop ; messes ou prières tous les jours ou presque, disciplines de fer, communions solennelles, retraite mystique dans un lieu naturel à quelques kilomètres de Tananarive atteint à vélo. A l’époque les frères avaient embauché ma mère pour leurs bonne œuvres dans les bidon villes, et je l’accompagnais parfois le dimanche pour écouter les prêches philosophiques d’un frère jésuite fort âgé et savant : je ne comprenais pas tout mais cela m’encourageait à lire la bible fréquemment.
Ce fut ma période mystique ou je faisais mes prières, me confessais de fautes parfois imaginaires, et m’isolais dans le même temps de mes frères et de ma sœur solidement laïques comme mon père. A l’adolescence je découvrais d’autres aspects de la religion, la violence de l’ancien testament, des croisades, des guerres de religions, l’hypocrisie ou pire de certains hommes d’église. Cela me fit prendre très vite mes distances d’avec ce premier monde religieux dont je n’aime pas les enfers, la diabolisation et l’adaptation difficile au monde d’aujourd’hui.
Cela étant je conserve une grande admiration pour Jésus, je continue à visiter avec émerveillement et recueillement les plus belles cathédrales, églises ou chapelles, admirer la peinture et la sculpture d’influence chrétienne et il m’arrive même de réciter un « notre père » ou un « je vous salue Marie », c’est apaisant. Nous lisons aussi le journal « la Croix » excellent journal ouvert sur le monde et volontiers critique des travers du catholicisme et de son clergé.


L’Islam
« Respecte l’être humain, car s’il n’est pas ton frère dans la religion, il est ton frère dans l’humanité » Ali Ibn Abi Taleb
Mon premier souvenir avec l’Islam est lié à la distribution de très jolis corans miniatures dans l’avion qui nous amenait à Madagascar en 1960. Là-bas nous avions un cuisinier comorien musulman qui ne voulait pas que ma mère pénètre dans « sa » cuisine considérant les femmes comme inférieures et impures.
C’est plus tard alors âgé de trente ans dans la brousse du Burkina Faso que je rencontrais de très nombreux musulmans, dont certains ayant fait le pèlerinage à la Mecque. Je les trouvais bien sympathiques avec leurs 2 ou 3 femmes. Je les voyais prier cinq fois par jour, faire le ramadan, et se rendre avec leurs beaux habits à la mosquée du vendredi.
Plus tard encore vers quarante ans au Mali j’entendis dans les rues de Bamako des prêches assez inquiétants d’Imams écoutés religieusement à la radio ou à la télévision par une jeunesse en quête de sens voir de revanches sur l’occident "colonial".
Les outrances meurtrières de Daech, celles des Ayatollahs iraniens et de toutes les formes de l’islamisme radical ne purent que contribuer à brouiller ma compréhension de l’Islam dont la querelle historique entre les chiites et les sunnites me perturbe particulièrement (comme celles des catholiques et des protestants qui ne fut pas mieux)
Plus récemment je pus grâce au mouvement interreligieux sur Angers ou Rouen faire la connaissance d’imams progressistes revenant au texte initial pour rappeler que l’Islam ce n’est pas ses excès mais c’est une religion qui reconnait Jésus comme prophète, que Mahomet a prêché l’amour et que la France est tout compte fait « un bon pays pour les musulmans ».



Le Bouddhisme
« Il est essentiel d’avoir un cœur bon si l’on veut donner un sens à son existence » le XIV Dalai Lama
Le Bouddhisme m’a fasciné très tôt quand j’ai pris mes distances avec la religion chrétienne. La lecture de « Siddhârta » d’Herman Hesse n’y est pas pour rien. Le personnage romanesque de Bouddha est fascinant et cette croyance en la réincarnation m’offrait des belles perceptives de rêveries philosophiques.
Mes voyages au Japon ont confortés cette attirance tant les temples y sont magnifiques noyées dans une nature sublimée et raffinée. Même sensation au Népal, au Laos, en Thaïlande, Cambodge, à Sri Lanka ou la statuaire bouddhiste historique est de toute beauté et tout sourire.
Avec mon épouse nous sommes allés écouter le Dalai Lama à Paris et nul doute que la sagesse de ce saint homme nous a vivement impressionné mais nous n’avons pas franchi le pas, peut être refroidis par les formes de Bouddhismes plus folkloriques observées ici ou là notamment au Vietnam ou en Chine.
Les excès des Bouddhistes Birmans et Sri Lankais contre les musulmans ont achevés de me convaincre que décidément même dans cette religion il y a des dérives qui ne vont pas dans le sens d’un progrès de la paix de l’humanité.


Le Judaïsme
Je suis rarement rentré dans une synagogue et je n’ai pas lu la Thora mais la lecture de l’ancien testament particulièrement guerrier avec un Dieu vengeur protégeant son peuple d’Israël m’a laissé effrayé et songeur.
Il n’empêche que l’on ne peut qu’être admiratif de la ténacité de cette religion toujours vivante alors que les juifs ont trop connus au fil des siècles déportations, préjugés, pogroms, mépris, tueries de masse.
Autre fait qui m’impressionne qu’Israël alias la Palestine soit la terre d’accueil, entre Orient et Occident de quatre religions monothéistes, le Judaïsme, le christianisme, l’Islam et le Bahaïsme mais qu’il n’y règne toujours pas la paix...
Le Bahaïsme
« La terre n’est qu’un seul pays et nous en sommes les citoyens » Bahá’u’lláh
Un concours de circonstances assez extraordinaire nous a fait découvrir en aout 2022 la religion Bahaïe dans le cimetière normand où nous avons enterré notre bébé Loïc en 1981 par la rencontre d’un homme, Lucien Crevel, venant lui, voir la tombe de son père et de son instituteur que nous avons bien connu. Après avoir écouté au pied de l’église les premiers principes de ce courant de pensée religieux nous avons enchainé avec une école d’été qui se tenait deux jours plus tard en Anjou.
Là nous avons été initiés de manière plus approfondi et avons particulièrement apprécié le climat apaisé régnant chez ses adeptes. Ce fut ensuite une succession de lectures passionnantes, de rencontres sympathiques avec des Bahaïs « cools » et cultivés à Nantes, Rennes, Angers, Rouen, Vannes, Aix en Provence et dans des réunions zooms axées sur l’étude partagé de textes et de prières.
La religion Bahaïe du nom de son prophète principal Bahá’u’lláh s’inscrit dans la lignée des autres religions monothéistes qui l’ont précédée et qu’elle respecte. Cela étant les Bahaïs considèrent qu’il est nécessaire d’adapter la foi en un Dieu unique au monde d’aujourd’hui. Ce qui fait la force de cette religion qui est pour moi aussi une philosophie ce sont quelques principes résumés ci-dessous :
Pour les Bahaïs la terre n’est qu’un seul pays, et il faut militer dans la non-violence pour la paix dans le monde. Egalité des hommes et des femmes, croyance dans la vertu du travail utile et de l’engagement notamment pour la préservation de la planète, lutte pour une justice dans la répartition des revenus mais sans égalitarisme sont quelques autres principes de vie en société.
Sur le plan religieux on ne trouve pas dans cette foi de clergé, d’églises, de dogmes, pas de Diable ni d’enfer, respect total de la science, mais quelques grands temples-jardins disséminés dans le Monde, le Bahaïsme étant présent dans plus de 230 pays.
L’organisation est démocratique, à la fois décentralisée dans chaque région mais centralisée par une « maison de justice » qui siège à Haïfa pour l’organisation de la foi, et la compréhension de nombreux textes du prophète et de ses successeurs interprètes.
Né en Iran il y a 170 ans dans un pays musulman ou les Bahaïs sont persécutés, les croyants doivent respecter les prières du matin et du soir, et quelques principes assez rigoureux (pas d’alcool, jeun une fois par an).
Claudine s’est engagé de manière active dans le Bahaïsme fin 2022 rejoignant la communauté des « amis » et moi je suis « chercheur » tout en ayant participé ou réalisé certaines actions dont des soirées de poésie Bahaï, des conférences sur l’architecture sacrée et le document de présentation ci-dessous.


Synthèse
« Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu existe. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il existe, sans hésiter » Pascal
Au final provisoire en cette année 2023 je mesure mon cheminement spirituel enrichi au passage par la « rencontre » avec les religions plus polythéistes comme Hindouiste, Vaudou, Aztèque, Shinto et autres sans parler des animismes de l’Afrique des masques et des tam-tams qui me fascinent encore.
C’est je l’avoue dans la religion et philosophie Bahaïes que je me retrouve le mieux car elle me parait plus progressiste, plus ouverte, moderne tout en affirmant la suprématie d’un Dieu suprême qui nous laisse cependant, semble-t-il, un peu, beaucoup, passionnément du « libre arbitre ».