Penser stratégique
Ce n’est pas l’adversaire que l’on cherche à anéantir, mais sa stratégie que l’on cherche à déjouer.
Sun Tsu
Être le stratège de sa vie n’est pas un but en soi, mais il faut l’être un peu si l’on veut se frayer un chemin dans un univers parfois complexe qui ne nous veut pas forcément du bien et qui ne nous attendait pas, ce qui est d’ailleurs mon cas. Il faut se débrouiller dans l’univers familial où on se sent parfois la dernière roue du carrosse, il faut survivre dans les cours de récréation, pas facile dans les années cinquante du siècle dernier, se dépatouiller dans l’univers complexe des sentiments amicaux et les conquêtes amoureuses, puis gérer son destin personnel, professionnel et associatif aux clefs multiples.
Le jeu en général et le jeu de Go m’a bien servi dès que je l’ai connu comme cadre conceptuel à une pensée globale, aérienne, instinctive mais assez juste pour me permettre de « voir » quand il a fallu que je joue, que je risque les paroles, les actes, les décisions à des moments importants de toutes mes vies. En général je m’en suis bien sorti et malgré une vie débridée, imaginative et risquée parfois j’ai évité les fautes ou les erreurs qui m’auraient emmené dans une faillite, un licenciement, une rupture voir au tribunal. J’ai eu la baraka, mais je n’ai jamais laissé passer ma chance devant une table de jeu ou dans la vie. Parfois cela n’a pas marché mais je suis retombé sur mes pattes de chat et de lièvre.
Le jeu de Go m’a semblé, avec quelques autres, un excellent modèle de la pensée stratégique notamment économique, car il est d’une taille optimum, qu’il combine les trois grandes familles de stratégie (stratégie d’affrontement, de composition et d’extension), et qu’il développe les stratégies concurrentielles qui n’ont pas pour but la destruction de l’adversaire, du concurrent. J’ai pu donner, pendant plusieurs années, des cours de stratégie au CRC à Jouy en Josas, et surtout au sein du groupe Intermarché : c’était gratifiant, exigeant et bien payé !
J’ai aimé comparer les stratégies des grands jeux du monde (go, échecs et awélé) et observer comment chacune se comportait en ce domaine, sur le plan psychologique et philosophique, du plus calculateur et cynique au plus naïf et imaginatif. J’ai d’ailleurs remarqué, bien des fois, que les stratèges calculateurs ne réussissaient pas longtemps s’ils n’avaient, aussi, une bonne moralité, un bon équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle ou publique.
J’ai donc co-écrit la "pensée stratégique" avec Thierry Widemann, j’en parle par ailleurs, comme un petit livre qui aurait pu être meilleur mais comme un challenge personnel incroyable que je me suis lancé.
